A Metal Pig in Eville

Histoire d’O…. qui ne déraille pas.

juillet 1, 2011
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Sur l'express boat en direction de Flam

Par : un cochon d’argent filigrané chez les Vikings….
A l’heure où la France se dessèche, nous, nous nous frayons un chemin parmi la luxuriance aquatique. Que ce soit par mer, route et rail – bus, ferry, bus, bus, ferry, train, bus sur ferry, train, bac….- l’élément nous entoure, nous pénètre, nous inonde. Imaginez seulement, les pulsations humides des grottes recouvertes de mousse luminescente sous la pluie fine, les innombrables cascades joyeuses qui dégringolent les sillons secrets des flancs de montagne, 1400 mètres quasi à pic dans l’eau en approche de Gudvangen, bourg niché au fond du Sognenfjord.
Ca, c’était lundi ; promenade maritime décoiffante jusqu’à Flam (Flôm) : 5 heures en bateau supersonique (au passage je chante un requiem pour mes Persol, arrachées de ma tête alors que je sortais immortaliser le paysage… ), avec manœuvre d’abordage en mer pour transbordement de passagers, à notre plus grand ravissement… Que fut notre joie en arrivant à Flam, de reprendre un bateau tout tranquillou, assises sur le pont supérieur au soleil et accompagnées par le gracieux ballet de mouettes rieuses

dansant au rythme du clapotis des remous, longeant doucement, à les frôler, les impressionnants flancs montagneux dont je vous parlais tantôt. De Gudvangen, nous rallions Flam par voie terrestre, fermement enhardies par la perspective de sillonner la région par plusieurs moyens possibles et alléchées par les changements drastiques de paysage que la montagne dans la mer a à nous offrir… De Flam, hop dans le Flamsbanna, joyau d’architecture ferroviaire du milieu du siècle dernier, 20 km de voies vertigineuses pour un dénivelé de 866 mètres dans un intérieur tout de bois lustré et cuivres brillants. Il siffle, il fait tchoutchou, il fait la pause photo torrent et on a un peu les jambes en coton avec la côte finale à 18%, mais bon, paraît-il qu’il est équipé de 5 systèmes de freinage. A Maloy, les vents balayent le granit et les mérinos ont la laine gonflée : les chinoises sortent du train en courant pour ne pas rater la correspondance qui est 10 minutes plus tard dans une station de montagne qui ne compte que deux voies et deux américains tentent, un peu dubitatifs quand même car ils me posent la question, de monter dans un train de marchandises jaune, en bois, qui est stationné sur une voie de garage, pour rallier Bergen… Quand je vous dis qu’à proximité du pôle, la texture de l’étoffe spatio-temporelle s’affine….
Retour en milieu urbain à Bergen, l’hanséatique.

Bryggen, son front de mer, est classé au patrimoine mondial de l’Unesco pour ses bâtisses en bois, ancien siège de ladite ligue établissant Bergen en important comptoir commercial à partir du 14ème siècle. Il y règne un joyeux brouhaha touristique, les norvégiens plutôt laconiques y ont développé un bagou insupportable limite dragueur pour essayer de nous vendre des pulls nano-technologiques anti-pluie à 400 euros et d’importantes réflexions sont menées pour restaurer les fondations en bois de ces joyaux médiévaux qui pourrissent sous les quais. C’est dit !

Où je demande pardon à Moby dick et à Vataanen…
C’est également à Bergen que j’ai connu quelques ravissements culinaires mineurs dans ce désert du palais navrant qui me force à manger du pain noir, des yaourts et des pommes depuis le départ afin de me sustenter quelque peu. Soirée tapas chez Escalon, conceptuelles et revues selon les disponibilités de produits norvégiens. Surprenant lièvre à la plancha, sauce au vin et sauge, d’une tendreté merveilleuse et sauce très marquée, miam. Y’en a qui vont me dire que c’est pas la saison du lièvre. M’en fous, celui-là il était pas congelé, c’est certain…tout au plus était-il contrebandier. Le lendemain, nous repartons et il faut bien se nourrir 6 heures de bus durant… Le charmant marché au poissons du port m’offre la solution et je repars sur les conseils du vendeur, heureuse comme tout, en possession d’une assiette de maquereau, cabillaud et saumon mariné, saumon et baleine fumés. Oui, je l’avoue, j’ai eu quelques problèmes éthiques à manger ce dernier met, mais je vous l’assure, c’est fameux… on dirait du bœuf maritime séché et c’est très fin et fort en goût à la fois.

L'envers du décor à Alesund

J’ai d’ailleurs embaumé le bus qui nous menait à Alesund, « capitale » norvégienne de l’Art nouveau (Jugendstil). Entièrement reconstruite à partir de 1904 suite à un incendie qui l’avait totalement détruite, elle est parée de beaux immeubles aux façades décorées de motifs floraux et appliques cuivrées. Intéressante perspective sur les différentes expressions de l’art nouveau au travers de l’Europe. Mais il y fait froid, très froid et humide et c’est pourquoi, très logiquement, nous faisons une excursion vers le Nord pour emprunter la route de l’Atlantique, encore un exploit d’ingénierie qui permet de sauter d’île en île au milieu du déchaînement des éléments naturels qui se fracassent sur les élégantes constructions aériennes qui tentent de les surplomber.

Atlantikhavsveien

Stupéfiant, nous sommes deux enfants bouche bée devant la fragile mais ferme œuvre humaine au milieu de la nature sauvage. Et, là, penchez-vous, oui à droite…. Deux nageoires ardoises luisantes sur deux petits dos ronds parfaitement synchronisés bondissent, disparaissent et réapparaissent quelques mètres plus loin…. Ohhh. Le comble du bonheur !
Mes amis, il est l’heure de satisfaire mon estomac qui réclame, depuis mon fauteuil devant l’immense baie vitrée qui donne directement sur le fjord à Hellesylt, d’où j’observe le va et vient des ferrys et, ce matin, le Ventura, véritable immeuble flottant, qui nous a mystérieusement suivi depuis Alesund. Aujourd’hui, farniente contemplatif dans ce paysage idyllique et demain, à nous la route des Trolls (estomacs mal accrochés, gare !).
Bon vent !
PS : le mystère du train fondu : accident le 16 juin, immense incendie dans un tunnel de montagne sur la ligne Bergen Oslo. Tous les passagers évacués et indemnes, ouf.


Sur les traces du fantôme de la reine d’Oselberg

Les méandres paresseux de la ligne Oslo Bergen sont propices aux réflexions et à une certaine sédimentation des événements de ces dernières 48 heures… Sept serpentines heures glissant sous les pics de pins surplombant les eaux ardoises des ancêtres de Ness. Vir ankome Geilo… Jolie station de montagne aux constructions ligneuses colorées et sculptées. Et ce brave tchoutchou qui continue de grimper vaillamment pour nous dévoiler fièrement les secrets paysagers intérieurs : bouleaux, lacs, torrents, ardoise et maintenant neige. Ne vous y trompez pas, ce n’est point la Suisse ! Et, subitement, alors que je vous écris, les arbres s’effacent d’un coup au détour d’un tunnel : toundra, mousses en camaïeu de verts et de bruns mordorés, roches granitiques figées dans leur élan, sculptures et équilibres impossibles. Si vous pouviez les observer un long temps sans bouger, vous verriez leur paupière minérale cligner et un furtif éclat émeraude les illuminer. Troll d’histoire…

300 mètres plus haut et 10°C de moins, entrée dans le royaume de la reine des neiges, qui peut être était celle d’Oseberg, mais j’y reviendrai plus tard, maybe. Nous sommes proches des cimes et la palette se réduit à sa plus simple expression glacée et bleutée  et aux quelques roches noirâtres qui en percent la cape. Les eaux étales somnolent sous la splendeur givrée et ces sauvages contrées ne s’égayent que de rares cahutes et d’une étrange apparition que nous longeons.. Un train calciné, fondue de métal, une distorsion à la Munsch qui sème le trouble dans nos esprits. Mais l’arrivée surplombante sur le Sonenfjord verdoyant aux flancs prospères dégoulinants d’impétueux torrents aura tôt fait de dissiper les murmures troublés du wagon 440… 4400 ? Serions-nous donc proches d’une porosité spatio-temporelle, si près du cercle arctique ?

Bien, en parlant de spatio-temporalité, je vous propose un saut quantique, un voyage dans le temps, celui de mon présent passé de quelques heures, ou j’allai moi-même à la rencontre d’un passe beaucoup plus lointain.

Ou l’on parle rapidement de cette fameuse reine morte (et non pas de Montherland).

Votre trottinant cochon de métal est allé fourrer sa truffe dans des lieux bien enchanteurs ces dernières heures. Je pourrais vous parler de la capitale et de ses agréables promenades dans le Slottsparke ou sous la pluie à contempler, ruisselante, les statues de bronze étrangement émouvantes et naïves de Vigeland dans le parc du même nom. Ou encore, la visite de l’effrayante et monumentale (et néanmoins fascinante) Maison du Rat a la croisée d’une architecture pensée pour Gotham par Staline.

Non, c’est une déambulation maritime et bucolique que je vous propose. Lasse d’ambiance urbaine et alléchée par les infinies possibilités de déplacement par terre et surtout mer que m’offrait l’Oslo pass, de bon matin hier (vers 12 heures quoi) je sautai dans un joli batobus tout de bois habillé en direction de Bygdo, l’ile aux musées. Une bien charmante vue sur l’éclectisme visuel des grands voiliers de bois côtoyant les ferries megamoths et les quais de chargements sur lesquels s’entassent piles de containers rouillés multicolores. En passant, j’adore cette poésie industrielle portuaire. Bref,

15 minutes plus tard, notre frêle coque accoste et je me retrouve errante face a une forêt de panneaux : musée Kon Tiki (expédition Heyerdahl), musée polaire, du bateau viking, du folklore ? Euh, partie pour Kon Tiki, je me suis perdue dans une rue qui comptait une Ferrari, une Porsche carrera et une Panamera et une Mercedes Kompressor (en 5 minutes, ouf) pour déboucher sur le musée du bateau viking. Il pleut, pourquoi pas, j’irai saluer  Amundsen et Heyerdahl plus tard. Ention et stupefacfer, le lieu abrite trois embarcations de bois  gigantesques, découvertes lors de fouilles au 19eme siècle. Barques tombeaux retrouvées ensevelies dans le fjord d’Oslo et datant du 10eme siècle. Le premier étant …. Celui d’une reine, retrouvé a Oseberg, partie avec esclaves, chevaux, bijoux et ustensiles. Tombeau pillé peu après son ensevelissement, mais dont les restes révèlent cependant une maitrise de la sculpture sur bois : animaux de proue, chariots, outils et un sens artistique extraordinaires qui m’ont beaucoup émue … En sortant, j’ai fermé les yeux et me suis laissé transporter au fil du temps, le rideau de pluie douce m’a susurré le chemin, loin des explorateurs du Grand Nord a la rencontre d’autres fantômes, plus proches et familiers. Vous avez dit musée du folklore norvégien ? Bel euphémisme pour cette longue promenade dans la foret ou les âmes touristiques sont parfois rares, voire inexistantes a la découverte des habitations et constructions d’antan, de la stupéfiante stavkirke (église en bois) du 13eme siècle, aux maisons faubouriennes du 19eme, en passant par les tavernes plus anciennes, fermes du 17eme et greniers a grains. Tous des bâtiments de l’ile, parfois des villages entiers, re-installés dans ce très charmant et reposant lieu.

Un écomusée quoi, mais secret, tranquille, charmant…un endroit pour enchanter le cochon solitaire et gambadeur…qui n’a pas vu 3 heures de son temps filer.

Et voilà, le temps de la narration nous a pris 800 mètres de dénivelé et le wagon 440 chemine encaissé le long du fjord qui nous mène à Bergen. Temps partiellement couvert, belles éclaircies et bateaux de sortie…

Notre voyage touche à sa fin et mon inspiration depuis quelque temps déjà s’essouffle,

Je vous laisse pour lors et vais admirer la vue….à très bientôt !

V

Ps : il reste le mystère du train fantôme à élucider


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Blog Chercheur

décembre 10, 2010
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Où Cochon de métal s’explique peu ou prou de son absence et essaie de trouver un lien avec ses nouvelles aventures…. Légèrement introspectif.


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Blog trotteur

mars 23, 2010
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Oyez oyez braves gens ! Vous l’attendiez, le voici le voilà, il s’est réveillé le blog dormeur : il a chaussé ses bottes à réaction pour faire un saut quantique et s’ébrouer, le jour levé, sur le tarmac de CDG…

Votre curiosité est piquée mais avant toute révélation je me dois  d’un addendum à ma précédente entrée. Il me fut souligné fort vertement et à raison d’ailleurs, que j’avais omis, dans mon épître à A&W Antiques de rendre tribut à la prêtresse, que dis-je, la Papesse de la débrouillardise brocambolesque, j’ai nommé la célèbre M. Je me prosterne, she’s the best and I’m not kidding you.

Sur ce, je reviens à mes propres aventures. Le blog a pâti de la  crise de nostalgie très violente et longue au cours de laquelle je rêvais d’époisse, de Chablis, de Puligny-Montrachet, de Meursault, de Drappier, de Cornas, de Gigondas,  de sécurité sociale, de saucisson, de ventrèche, d’Assedics, de rillettes et autres victuailles qui manquent cruellement à mon palais et gosier forts franchouillards (si si!). Ecrire ne serait-ce qu’une ligne dans cet état m’envoyait dans les affres d’une angoisse existentiello-culinaire telle que j’ai déclaré forfait !

Pour enrayer cette déplorable apathie mâtinée de self-pity, je décidai alors d’aller traîner ma plume du côté de la ville. Je suis donc allé résider 10 jours  dans la belle maison des parents d’A en face de la demeure la plus vénérable de cette ville du Sud, ladite demeure pouvant se targuer de quasiment deux siècles et demi d’existence !  J’étais une framéricosuisse à Charlottesville qui, chaque jour, se levait pour aller battre le pavé de la ville marquée du sceau de Thomas Jefferson à la recherche d’une âme secrète qui eut l’idée de se livrer à moi. De long en large j’ai arpenté le Downtown Mall, rue principale d’un centre ville réhabilité il y a une dizaine d’année. Et là, je fais un petit ex-cursus : aux Etats-Unis dans les années 60-70, nombre de centre-villes se sont vus progressivement abandonnés au profit du développement de quartiers de commerces, loisirs et administratifs en lisière des villes elle-mêmes, généralement à proximité des échangeurs d’autoroute. O pays de l’automobile reine : je vais au drive-in bank – et oui, j’ai fait des retraits et dépôts tout depuis le confort de mon siège de conducteur – au Wall Mart ou encore acheter des T shirts à Old Navy ou des revues chez Bones & Noodles (Barnes and Nobles) puis hop hop un tacos chez Chipotle, tout dans trois Strip Malls différentes. J’ai donné l’équivalent de 20 miles de pétrole à Chevron pour qu’ils polluent le sous-sol en Equateur, mon taux de cholestérol grimpe tranquillement, mes cuissots s’empâtent gentiment, j’ai une pédalinite à la cheville droite et des fourmis dans les fesses, but boy oh boy was it so much fun! Bien, j’ai nommé les Edge Cities… Je cite mes sources, l’excellent Tom Wolfe et son acerbe plume qui n’épargne personne dans A man in Full m’ont appris ce qu’est une Edge City (ville lisière)(en fait c’est Joel Garreau dans son livre eponyme de 1991 qui consacre le terme).

Oui, je sais, la culture, c’est comme la confiture, moins on en a, plus on la donne aux cochons, surtout aux cochons de métal. Donc je reviens aux moutons. Le centre-ville de Charlottesville c’est une très charmante  mosaïque de maisons en brique rouge surmontées de porches en bois qui abrite cabinets de notables, bâtiments administratifs au Nord et d’anciens bâtiments industriels réhabilités au Sud de l’autre côté de la voie Amtrak avec salles de gym, cafés, bars au Sud. Le coeur de cette activité et surtout le royaume du piéton se trouvent sur le Downtown Mall avec ses bouquinistes, 17 cafés restaurants, cinéma et salle de théâtre, salons de coiffure et antiquaires. J’ai aimé flâner sur ces pavés à zyeuter un égaré de ZZ Top souffler sa complainte à l’harmonica, croiser trois Goths magnifiquement maquillés encore loin d’atteindre deux décennies s’acheter des objets à l’allure mortifère aux vendeurs de rue, suivre du regard les joggeurs en short court et trotte-menus poilus jappant derrière leurs mollets galbés (ou non). Il y règne à partir de 16 heures un joyeux brouhaha de connaissances se hélant au passage et de pintes de bière qui s’entrechoquent.

Je vous livre quelques unes de mes petites faiblesses : Escafé, eatery qui sert de délicieux gâteaux de crabe accompagnés de savoureux vins californiens et français, aux habitués d’il y a 10 ans immortalisés sur ses hauts murs par le pinceau de D, la maman d’A ; Mudhouse café, centre de lecture, papotages, interneteries et correction de devoirs pour jeunes professeurs ; et surtout, le Market Street Wine Shop. Et oui, là toutes mes bouffées de nostalgie se sont bousculées au portillon en lisant les étiquettes des vignerons indépendants que j’achetais ici, mais au double voire au triple du prix !

Et, c’est pourquoi j’ai fait un rapide calcul : à la cadence à laquelle nous festoyons, joyeux lurons que nous sommes, un billet pour Paris me semblait un bon investissement pour déguster mes flacons préférés, mes fromages suisses adorés, vous saluer et cajoler au passage et faire connaître à ce blog les douceurs angevines. Le cochon de métal grogne donc son contentement pour un mois de réjouissances avant de rechausser ses bottes de sept lieues et tenter sa chance dans une métropole américaine qui mette au défi sa soif de découverte.

A bientôt pour les nouvelles aventures du cochon !


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Bric à Brocante pas si Broc…

février 24, 2010
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Longtemps je vous ai laissés sans nouvelles, perdue que j’étais dans la forêt enneigée avec internetscargot, terrée comme le groundhog à attendre le perce-neige ou son alter ego nord-américain.

Mais ma torpeur s’est envolée avec l’arrivée des températures positives et de la terre rouge qui affleure sous les dernières nappes blanchâtres résilientes. Mon humeur s’est élevée et la maisonnée retentit des trilles d’A la soprane qui célèbre le renouveau de la nature. A nous les projets, à bas la morosité, remodelons la décoration de nos âmes et de nos demeures !

Je vais donc partager avec vous mon grand bonheur du jour ! Hier, grand branle bas de combat et valse des meubles et bibelots du salon : alakazam ! Un tout nouvel arrangement qui facilite la fluidité de la circulation du regard et des gens, un nouvel espace où jouer au tarot près de la fenêtre, plus de lumière et de gaieté que l’on a célébrés aux cosmos le soir même. Seulement, qui dit changements, dit nouvelles envies et v’la ti pas qu’il manque une lampe par ci, un meuble par là. Mais comment diable rehausser cette plante si malheureuse par terre, donner une sensation d’élévation à l’ensemble ? Que faire ? Foncer chez A&W collectables pardi !

Je n’ai jamais su chiner en France, je n’ai pas cette fibre qui pousse à soulever des nuages de poussière toxique et choper le tétanos en fouillant dans la drouille à la recherche de la perle rare. J’admire ceux qui savent le faire et ça a toujours été un grand malheur pour moi de ne pas être dotée du gène de la parfaite chineuse. Je suis toujours enthousiaste à l’idée d’arpenter les vide-greniers et j’y vais le coeur allègre. Pourtant, je suis rapidement déconfite et désemparée devant les étalages pléthoriques  d’objets hétéroclites mal aimés en surpopulation : et toc. Mes rêves d’intérieurs insolites et uniques s’écroulent devant cette incapacité au dénichement…et le renoncement rapide de mon porte-monnaie qui refuse catégoriquement de se faire étriper de manière éhontée.

Mais là, mes amis, j’ai trouvé le paradis de la brocante. Perdu au milieu de la campagne, emmitouflé dans les arbres,  A&W Antiques cache ses trésors à qui ne sait pousser sa porte. Pourtant, une fois chose faite, le souffle se fait court et l’oeil s’écarquille dès le pas de porte franchi : un labyrinthe de petites pièces et recoins à arpenter qui donne l’impression de rentrer dans une succession de cozy corners intimes, une invitation chez des inconnus chaleureux et amoureux de leur intérieur. Là, la cuisine 60′s, ailleurs le salon art déco, en haut le dressing éminemment féminin de l’élégante des années 40. Au détour des ravissements, la galerie des glaces et lampes insolites en pâte de verre et autre. Le tout accompagné d’astucieux arrangements de bibelots qui mélangent artistiquement les styles. Pas d’austérité ou de foisonnement qui friserait l’encombrement et la guerre des genres, ni d’objets corrompus par l’abandon et l’indifférence. Même le hangar recèle des trésors et sait trouver une organisation attrayante. Allez hop, en vrac : lit pineapple 50′s 150 dollars (parfait état) ; vaisselier en bois d’ébène 185 dollars ; miroir ovale 50 cm années 60 encadrement bois sculpté doré 35 dollars ; établi en chêne patiné (pour reconversion plan de travail cuisine je dis!) 20 dollars ; solide table de cuisine rustique en pin, ronde 50 dollars, étagères, lampes à gogo, vaisselle, argenterie pimpante et cristal tout à fait abordables !!!

Résultat de la journée : deux stands pour plantes en métal ouvragé, un luminaire 50′s en métal doré 4 lampes, une petite table d’appoint en bois verni pour le nouveau salon d’A = 32 dollars. Vous avez compris, je crois : avec le printemps, mes envies de décoration et de fabrication de nid bourgeonnent. Je suis repartie with a song in my heart et un téléscopage créatif dans ma tête !

Alors quelle moralité ? Arguerez-vous, pour les quelques éternels blasés grincheux, que cela n’est qu’étalage de marchandises alléchantes pour consommateur effréné ? Un Disney pseudo antique ? Je rétorquerais alors que j’ai rencontré là des gens qui ont l’art de la décoration, qui aiment les objets et savent en prolonger la vie en les mettant en scène dans un quotidien renouvelé, qui transmettent cette passion à leurs acheteurs au lieu d’entasser en espérant l’hypothétique tintement du tiroir-caisse ou, à l’inverse, d’étaler en espérant dépouiller… J’exagère un peu et je vous en demande pardon d’avance !

Aller, je vous laisse pour lors, les odeurs qui montent de la cuisine sont si alléchantes que mon estomac chante a cappella….

mon futur buffet de cuisine


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Le festival des cucurbitacées

février 14, 2010
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Egarée dans le blizzard, j’ai perdu ma pantoufle de vair en m’échappant des nuits parisiennes endiablées. Au-dessus de l’Atlantique, mon carrosse a rencontré the Midnight Hour et s’est confortablement enraciné dans la campagne virginienne.

Avez-vous déjà contemplé à la dérobée dans les jardins ce plaisant fruit caché sous ses arabesques de tiges tressées et feuillage ombellifère ? Le clin d’oeil malicieux d’un orange rougissant sous sa ferme peau dodue et lisse ? Pour moi, les winter squash* ont toujours été synonymes de nature généreuse, abondante et luxuriante, un regain de plénitude avant de prendre ses quartiers d’hiver

Dans les US of A, cette sympathique famille de végétaux abonde et nous offre une multitude de variétés succulentes !!! A commencer par ce respectable spécimen de curcubita maxima qui est le premier fruit du yard d’A & A . Il trônait, rond et fier, sous une fenêtre de la salle à manger alors que nous étions enneigés… Toute trouvée l’occupation : atelier cuisine ! La bête nous a donné du fil à retordre, débiter, gratter, peler : 3/4 d’heures à deux et la cuisine était décorée de spaghettis de potiron. Mais quel délice que cette potée au coin du feu alors que les éléments mugissent dehors.

So far, j’ai goûté les butternut squash à la chair légèrement sucrée avec un goût de noix ; un acorn, tout en rondeurs jaunes et vertes et, la delicata. Une incursion au paradis pour tout palais qui se respecte, cette squash oblongue crème striée de vert a une chair jaune à la texture de chataîgne dont elle rappelle aussi la saveur… Ici, ils sont préparés tout simplement, rôtis au four avec quelques condiments, une noix de beurre et hop, extase gustative de ces chairs qui fondent sous la langue. On en mange également les graines : grillées à la poêle ou sous forme de pâte de beurre, moulues à parsemer sur salades et plats de légumes, etc.

Parce qu’il faut bien se cultiver tout de même, j’ai appris que les squash, en Amérique du Nord, font partie d’une triade de plantes indigènes cultivées par certaines tribus indiennes et qu’on appelle The Three Sisters : les haricots, les squash et le maïs. Les tiges de maïs fournissaient le support pour permettre aux haricots de grimper ainsi que de l’ombre aux squash, dont le dense feuillage, à son tour, empêchait la prolifération de mauvaises herbes. Belle symbiose de la nature et ingéniosité dont les chantres de l’agriculture industrielle déraisonnée feraient bien de s’inspirer.

Allez, vous avez été sages, je vous donne l’étrange recette de l’accommodation du potiron d’A. Nous avions, la veille, ouvert une bouteille de côtes du Rhône qui était malheureusement oxydée. Pour sa punition, elle s’est retrouvée à mijoter dans la marmite du potiron, et toc !

Il vous faut, 1 potiron, 1 bouteille de vin rouge, beaucoup d’échalotes, des olives noires, du cumin, laurier ou toute herbe ou aromates à votre convenance. Faites brunir les échalotes entières au fond de la marmite avec un peu d’huile d’olive, puis les gros morceaux de potiron, rajouter ensuite le vin, les herbes et les olives et laisser le tout mijoter jusqu’à attendrissement de la chair orange. Les échalotes rehaussent le côté sucré du potiron que les olives contrebalancent, et le vin, mais est-il besoin de préciser ?!

Ah, je dois vous laisser : il faut que j’admire le splendide soleil couchant depuis la terrasse, une biche au milieu du pré a eu la même idée que moi. Il faut que je vous dise que j’ai changé de clapier pour une semaine et me retrouve perdue au milieu de la forêt au pied des montagnes. Heureusement, Jack, que je soupçonne d’être à moitié coyote, est mon fidèle protecteur dans ma retraite solitaire.

A bientôt !

V.

*nom familier pour cucurbitacées, littéralement écraser !


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Snowmageddon ou la petite maison dans le blizzard…

février 9, 2010
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Je ne sais que parler météo ces temps : il faut dire que la nature reprend ses droits avec férocité in the sweet sunny South. A croire que je me suis gourée et que je suis descendue de l’avion à Montréal. Pour cause, depuis la fenêtre de ma chambre d’où je vous écris, je contemple un coussin de 40 cm de neige sur le toit du rez de chaussée et de respectables stalag…tites qui ornent le faîte du 1er étage. Au loin, la blancheur croustillante des cristaux cristallins qui font ployer et craquer les grands pins.

Enfant, une de mes lectures préférées était la série de romans autobiographiques de Laura Ingalls Wilder : little house on the prairie. Vous connaissez, bien sûr, la série télévisée avec l’affreuse Nelly Oleson et ses parfaites anglaises. Pourtant, je la trouvais bien édulcorée moi cette série, elle ne rendait pas justice à la fascination qu’on éprouvait à découvrir les aventures de ces pionniers qui sillonnaient le Midwest pour reconstruire inlassablement leur existence au sein d’une nature sauvage, magnifique et impitoyable. Et, tout particulièrement, je me rappelle les descriptions des fameux blizzards du Kansas, où les malheureux surpris par la blancheur tourbillonnante perdaient tout sens de l’orientation . Les rituels indispensables à la survie : maintenir le feu allumé toute la nuit afin de ne pas mourir de froid, faire bouillir de l’eau en permanence, accrocher des cordes entre la maison et l’étable afin de pourvoir aux besoins des bêtes sans s’égarer dans l’infinie lactescence.

Et bien mes amis, nous avons vécu 48 heures de petite maison dans la prairie version 21ème siècle. Sous le poids des lourds flocons qui sont tombés sans discontinuer de vendredi matin à samedi soir, les lignes électriques ont cédé un peu partout, nous privant de toutes ces commodités qui nous rendent la vie si confortable : plus d’eau, plus de téléphone, plus de chauffage, plus d’internet bien entendu et des routes impraticables qui nous condamnent à l’enfermement… Notre existence a subitement basculé vers les gestes et préoccupations fastidieuses de notre survivance ! Quatre marmites de soupe à la neige qui mijotent sur le gaz, des myriades de bougies partout dans la maison, les baignoires remplies de neige qui ne fond pas parce qu’il fait trop froid, déblayer le driveway quatre fois par jour, la toilette aux lingettes et j’en passe et des meilleures. Ma sophistication toute parisienne est comme un vieux vernis qui craquèle et s’effrite, usé par le port de gros godillots, pulls en laine et vieux jeans.

L’un d’entre vous m’a demandé comment on pouvait bien s’occuper, puisque tout travail dépendant de l’électricité et de la connectivité avec le reste du monde est rendu impossible. Une fois les corvées terminées et croyez-moi, cela nous occupe beaucoup : ateliers de cuisine, longue séances de lecture, serrés dans le salon sous moults couvertures, birdwatching. Le porche gauche de la maison est flanqué d’un magnifique houx qui abrite une foultitude d’oiseaux joufflus et bigarrés qui se régalent des friandises qu’A leur dispense généreusement. Le rouge du cardinal, oiseau emblème de la Virginie, le bleu du geai qui défend cruellement sa nourriture, le jaune et marron du Wren, les piverts noir et blancs qui cavalent le long des troncs qu’ils attaquent avec délectation – Woody Woodpecker ! Et, le soir, puisqu’il faut bien se tenir chaud, les bouchons de cabernet, syrah, zifandel sautent et les cartes claquent. Connaissez-vous le Egyptian Rat Screw? Gare aux paumes de vos mains !

Tout cela rappelle l’émerveillement de l’enfance ? Croyez-moi, the novelty wears off très rapidement. Une nouvelle tempête dans la journée est imminente, et une autre prévue le weekend prochain. Vraiment, je vous le dis, le groundhog était bien avisé de rentrer dans son trou !

Allez, je vous envoie aussi un petit Carolina Wren !

V.


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Groundhog day ou la météo animalière

février 4, 2010
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Au cours de mes voyages précédents aux USA, j’ai un peu baroudé du côté des Rocheuses, en Californie, Utah, Nevada etc. et une chose qui m’a toujours ravie et étonnée était l’imminence du sauvage. Ratons-laveurs (et un raton laveur…), sconces, biches, élans, pumas et autres bestioles pullulent au bord de la route, dans vos poubelles ou sur les hauteurs des collines de San Fransisco. Et oui, rappelle-toi, vieille Europe, combien ce pays est vaste, vierge et fringant : oublie ton dédain et tes préjugés et prend le temps de considérer le rapport profond qui unit ses habitants avec leur environnement. Si si… ici on vit avec, dans, en fonction de et parfois malgré la nature qui est moins domestiquée que sur notre vieux continent. Rien d’étonnant alors à ce que des croyances et pratiques populaires ait fait leur chemin jusqu’ici pour y développer une seconde vie…

Alors, connaissez-vous Groundhog Day ? C’est le “jour de la marmotte”, le 2 février, évènement très célébré aux Etats-Unis au cours duquel cette présentatrice météo délivre ses prévisions pour les semaines à venir. Selon la tradition, elle émerge de son terrier ce jour là et, si le temps est nuageux et qu’elle ne voit pas son ombre, elle restera dehors, prédisant une fin d’hiver imminente. A l’inverse, si le temps est clair et qu’elle aperçoit son ombre, effrayée, elle retournera vite se coucher pour les six semaines d’hiver à venir… Et bien, cette météo animalière nous vient d’Europe et impliquait des ours, loups ou tout autre animal selon les régions. Ici, elle se serait enracinée avec l’arrivée d’émigrants allemands au 19ème siècle.

Et devinez ce que le groundhog a fait ? Il est retourné dans son terrier vite fait, sage animal… Et pour cause, depuis que je suis arrivée il y a eu une mini tempête de neige qui nous a bloqués à la maison une journée et demie, il a encore neigé avant-hier et on nous prévoit un mètre de neige ce weekend. Qu’importe, la campagne est magnifique, la maison d’A & A très cosy, la cheminée ronronnante et le fourneau exhale des parfums de jus de cuisson alléchants (ahhhh le carrot cake d’A pour mon anniversaire). Et… ce weekend il y a le Super Bowl, mais je vous en dirai plus later my dears.

En attendant, les folkloristes peuvent aller lire Paul Sébillot pour les histoires de présentateurs météo à fourrure et les autre regarder les mésaventures de Bill Murray dans Groundhog Day!!

Bon vent, V.


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At the arrival’s gate

février 3, 2010
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Comme toujours  à chaque fois que je pose le pied sur le sol étatsunien, j’ai essuyé cette fois encore une déferlantes d’émotions qui remontait du fin fond de ma mémoire. Une connexion quasi instantanée avec ce passé lointain où j’ai vécu une enfance américaine de 1978 à 1979  dans une famille upper-middle class de la banlieue de Chicago. Un environnement qui exhale l’étrangeté familière d’un pays qui m’a été transmis par le sang mais dont je n’ai jamais connu le quotidien, en tant qu’adulte anyway…

Aujourd’hui, pourtant, je suis partie sans clé. Je suis an Alien American in the US. Je fais mon grand saut rurbain intercontinental, de Paris à Charlottesville, VA : 2 millions d’habitants, klaxons, exigüité, 5 dimensions de la culture vers le University town d’un des plus vieux états de l’union, berceau de 8 présidents, dans le calme d’une campagne vallonnée au pied des Blue Ridge Mountains, parsemée de fermes et de porches en bois colorés.

Mon projet ? Réapprendre à me mouvoir dans un nouvel espace, apprendre les codes d’une autre culture, observer, noter, devenir un meilleur humain ? Devant moi s’étend l’excitant attrait de l’inconnu et de la multitude des possibles. J’avance pas à pas et je réinvente mon quotidien.

V.


À propos de l'auteur

Freelance translator lover of all things yummy liquid and solid and traveler, although not as often as she'd like.... Traductrice freelance amoureuse de bonne chère et de voyages, même virtuels

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